Prothèses

Histoire

 

L’histoire des prothèses est intimement liée à celle de l’humanité. Les premiers hommes, dès qu’ils adoptèrent la station debout, ont naturellement cherché à conserver cette posture. Il leur fallu donc trouver des béquilles et des aides pour remplacer leur membre amputé ou estropié.

La demande (en prothèses) existe depuis l'aube de l'humanité et la fonctionnalité des premiers principes d'appareillage apparus demeure de nos jours.

On claudique encore aujourd’hui en s’appuyant sur une canne, on bâton, une béquille, voire on "enfile" toujours une prothèse de membre inférieur, qu'elle soit rudimentaire ou sophistiquée.

Et un pilon, qu’il ait 2000 ans ou soit fabriqué au XXIème siècle reste et restera toujours une jambe de bois.

Les plus vielles "prothèses" retrouvées datent des Egyptiens. Grecs et Romains ensuite en ont aussi fabriqué. Puis, pas grand chose jusqu'au Moyen-Age avec surtout des prothèses pour les combats. La Renaissance et le renouveau du développement des sciences (médecine, chirurgie) ont largement contribué à un nouvel essor de l'appareillage. Mais c'est surtout la révolution industrielle du XIXe et les deux Grande Guerre qui ont permis (découvertes, fonds, $), le développement du monde prothétique et une meilleure "prise en charge" des amputés.

Les anciens principes et concepts sont toujours de mise, mais grâce à l'évolution de la technologie et des matériaux, leur application en est démocratisée et bien plus physiologique.

Pour retrouver les plus vieilles traces, un certain vice est nécessaire. Imaginons une prothèse, en bois ou en fer, ou bien son propriétaire, en chair et en os, il descend de l'arbre et plouf il tombe dans une fosse qui deviendra par la suite sédimentaire ou conservatrice (lac, gouffre) ou mieux, c'est un chef et il obtient un vrai trou pour lui tout seul. Ensuite, un gentil chercheur tombera dessus et communiquera sa découverte, finalement après pas mal d'investigations, on décidera que l'objet retrouvé a un rapport avec une aide prothétique.

D'après Alvin Pike dans sa superbe anthologie, les plus vielles traces remontent à - 45 000 ans avec les restes d'un squelette du Smithsonian Institute (musée). La forme et l'alignement des dents font penser aux spécialistes que le sujet était amputé des membres supérieurs, (peut-être une agénésie !).

Les plus anciens textes rédigésRig-Veda dans une langue indo-européenne (ou sanscrit) que nous connaissions sont vraisemblablement les Ecritures sacrées du brahmanisme et en particulier le Rig-Veda. Ces hymnes, prières et formules incantatoires étaient transmises oralement depuis très longtemps (entre 18 et 7 siècles avant J.C.) et ont subi des adjonctions jusqu’au IVème siècle avant J.C. (Encycl. Hindu Universe)

Livre premier - Hymne CXVI. Asvins. (Trad. en anglais)Inde

" 15 When in the time of night, in Khela's battle, a leg was severed like a wild bird's pinion,

Straight ye gave Vispala a leg of iron that she might move what time the conflict opened. ".

En fait cela remonterait à la nuit des temps, durant la bataille de Khela où Vispala est blessée. Sa jambe a été amputée " comme on peut rogner le bout des ailes aux oiseaux ". Aussitôt, le dieu Asvins lui fournit une jambe en fer afin de pouvoir prendre part à la bataille suivante.Egypte

"Les Egyptiens étaient capables d’amputer et de fabriquer des prothèses, affirment des chercheurs allemands, qui en ont découvert des preuves particulièrement nettes sur la momie d’une femme morte il y a environ 3.000 ans. Le gros orteil du pied droit avait été amputé, et l’articulation a été remplacée par une prothèse en bois. Dans le cas de cette momie, retrouvée dans l’ancienne ville de Thèbes, la prothèse a servi. Des traces d’usures sur le bois en attestent. Les chercheurs estiment d’ailleurs que l’articulation des trois segments de bois, maintenus en place par du textile, devait permettre un assez bon mouvement.  " Sources : Sciences & Avenir, The Lancet, déc. 2000 " .

Durant les civilisations grecques et romaines, les traces se font alors plus précises et plus nombreuses.

Au Vème siècle avant J.C., Aristophane, poète grec, écrivit " les Oiseaux " avec un rôle pour un invalide (une jambe de bois).

Hérodote, ce grand historien, nous conte vers 400 ans avant J.C. dans Calliope (livre IX) l’histoire de Thereupon Hegesistratus d’Elée, qui s’amputa pour échapper aux spartes et se fit une prothèse de bois.

Les principes d’appareillage mis au point à ces époques n’ont pas vraiment changés. Seules les méthodes de fabrication ont évoluées avec la technologie et les nouveaux matériaux.

Ensuite durant le Moyen Age, les prothèses étaient soit des pilons soit des crochets, et avaient juste un but fonctionnel. Seuls les riches pouvaient s’offrir des appareillages plus sophistiqués ou plus humanisants. Lourdes, encombrantes et peu fonctionnelles, elles faisaient partie de l’armure de certains chevaliers. Il a bien sûr existé quelques orfèvres (dans le domaine des armures, du bois, des mécanismes) qui ont œuvré pour la science de la prothèse, mais ils ont laissé très peu de traces. L’époque n’était pas propice aux communications ni à la grande distribution.A. Paré - main articulée

Puis, à la renaissance, Ambroise Paré (1509-1590) auteur du renouveau de la ligature des vaisseaux après une amputation, curieux et habile de ses mains, met au point de nombreuses prothèses.A. Paré - prothèses Armature métallique, pilon articulé, et cuissard à pilon dont le principe était encore utilisé au XXe siècle

Acquapendente GirolamoFabrici D’ (1533-1619). Il préconisa la ligature des artères pour juguler les hémorragies, et la trachéotomie dans certaines formes de diphtérie ; il s’intéressa à la chirurgie de l’urètre et inventa plusieurs appareils de prothèse.

Goethe (1749-1832)Main de Götz a repris à son compte l’histoire d'un chevalier du XVIème qui ayant la main droite coupée (1504) était appareillé avec une main articulée en fer : Götz von Berlichingen.Peter Stuyvesant

En 1644, île de St-Martin, encore les canons et Peter Stuyvesant doit y laisser sa jambe droite.

Après s’être fait appareiller en hollande (avec du bois) il repart pour ce qui deviendra New York

 

 

Les guerres, malgré les tragédies, ont eu le mérite de permettre un grand développement de l’appareillage.

LaPlacard publicitaire US 1874 Guerre de Sécession (1861-1865 & 600 000 morts) a amorcé la naissance de dizaines voire centaines d’entreprises spécialisées (placards publicitaires) nourries par un gouvernement qui appareillait les vétérans (env. 30 000 amputés).

Ensuite, les deux Grandes Guerres Mondiales, l’importante mobilisation des vétérans de guerre et l’aide financière du gouvernement américain vont permettre un nouvel essor dans l’industrie des prothèses. Les universités américaines et de grandes entreprises sous contrat avec le gouvernement mènent des recherches fructueuses : vers 1950, c’est la création du pied de type SACH (Solid Ankle Cushion Heel), un pied souple en mousse de néoprène. Vers 1960, un genou articulé, puis avant 1970 un genou hydraulique.

Les avancées et perfectionnements viennent de l’utilisation de nouveaux matériaux, légers et résistants (plastiques, polymères, fibres de carbone), de nouvelles conceptions, des progrès de l’électronique et de l’informatique et, avant tout, d’une meilleure connaissance du mode de fonctionnement du corps humain.

 

Dans les religions aussi...

Dans les différentes religions, des références aux prothèses peuvent être notées.

Dans la mythologie grecque,Pelops Demeter mangea sans le vouloir l’épaule de Pelops (petit-fils de Zeus) et cuisiné par l’infâme Tantale. Les dieux s’en rendant compte, rendirent la vie à Pelops et ses morceaux (vu qu’il avait été découpé en petits bouts par son père). Comme l’épaule était incomplète, Demeter lui en fit une en ivoire.

Dans la mythologie celtique irlandaise, Nuada est le roi des Túatha Dé Dánann, ou tribus de la déesse Dana. Au cours de la batailleNuada de Mag Tured, livrée contre les Fir Bolg pour la possession de l’Irlande, Nuada a le bras droit coupé et doit renoncer à régner. C’est le dieu-médecin Diancecht qui fait sa prothèse : un bras d’argent (ce qui lui vaut le surnom de Airgetlám, "au bras d’argent").

Tezcatlipoca, divinité toltèque puis aztèque (vers le Xème siècle), amputé tibial, est souvent montré avec une jambe en obsidienne.Tezcatlipoca

 

(En savoir + : Evolution historique des techniques de prothèses)

 

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